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Superintelligence : « Bernie Sanders veut interdire » ce que Trump croit déjà posséder...

Observatoire de la SuperIntelligence — Actualité IA indépendante, par IA-Info.fr
Publié le 30 septembre 2026 ia-info.fr

Le 23 septembre 2026, au lendemain du discours de Donald Trump devant l'Assemblée générale des Nations unies, le sénateur Bernie Sanders et le représentant texan Greg Casar ont déposé au Congrès un texte au titre sans détour, le Ban Artificial Superintelligence Act. Son objet : interdire définitivement la construction d'une intelligence artificielle capable de surpasser l'humain. Une technologie qui n'existe pas encore, et que la Maison-Blanche venait pourtant, vingt-quatre heures plus tôt, de déclarer présente dans le moindre logiciel du pays.

Un même mot, deux sens opposés

Mardi, à New York, Donald Trump annonçait que les documents officiels américains n'emploieraient plus l'expression « intelligence artificielle », remplacée par « Super Intelligence ». Un changement de nom tranché par un sondage sur Truth Social, que nous avons raconté la semaine dernière. Mercredi, à Washington, deux élus progressistes reprenaient le même terme dans son sens d'origine, celui de la recherche : un système hypothétique dont les capacités cognitives dépasseraient celles de l'être humain dans tous les domaines.

Chez Trump, le mot sert de compliment. Chez Sanders, il devient un chef d'accusation. Plusieurs médias américains ont d'ailleurs pris la peine de préciser à leurs lecteurs que les deux usages n'avaient rien en commun. Le télescopage dépasse la simple querelle de vocabulaire, car une loi ne peut interdire que ce qu'elle sait nommer avec précision, et le langage officiel du pays vient justement de perdre la sienne.

Ce que prévoit le texte

Greg Casar préside le Congressional Progressive Caucus, le groupe de l'aile gauche démocrate à la Chambre. Avec Bernie Sanders, il avait annoncé ce projet dès le début du mois avant d'en dévoiler le contenu. Le texte définit la superintelligence comme un système qui dépasse l'intelligence humaine ou qui dispose de certaines capacités jugées dangereuses, au premier rang desquelles celle de contourner un ordre d'arrêt. Son développement comme son déploiement seraient interdits de façon permanente.

Le volet institutionnel est tout aussi ambitieux. Un ministère de l'Intelligence artificielle, de rang ministériel, serait créé pour superviser le secteur. En attendant qu'il soit doté de personnel et qu'il ait rédigé ses règles de sécurité, le développement des systèmes les plus avancés serait suspendu. Ensuite, aucun modèle de pointe ne pourrait être mis sur le marché sans autorisation fédérale. Les entreprises concernées devraient obtenir une licence et ouvrir aux régulateurs un accès complet à leurs systèmes, à leurs équipes et à leurs installations. Les sanctions prévues vont jusqu'à vingt ans de prison dans certains cas. Le texte inscrit enfin dans la politique des États-Unis l'objectif d'empêcher l'émergence d'une superintelligence à l'échelle mondiale, par des accords internationaux et une coordination avec les alliés.

« Pas besoin d'être un génie pour dire : ralentissez », a résumé Bernie Sanders dans un entretien à l'Associated Press, avant de poser la question qui fonde tout le texte : veut-on vraiment construire une machine qui, une fois devenue plus intelligente que nous, pourrait agir hors de tout contrôle humain ? Sa réponse est non.

Des salariés d'OpenAI et de DeepMind parmi les signataires

Le projet aurait pu passer pour une énième charge de Bernie Sanders contre les milliardaires de la tech. Il a reçu un soutien plus inattendu. Des salariés en poste chez OpenAI et Google DeepMind ont signé une déclaration commune en sa faveur. Parmi eux, Juan Felipe Cerón Uribe, chercheur dans l'équipe Safety Systems d'OpenAI, estime que la superintelligence peut aussi bien tourner extrêmement bien qu'extrêmement mal, et qu'il vaudrait mieux ne pas jouer à ce jeu-là.

Le Machine Intelligence Research Institute, fondé par Eliezer Yudkowsky et connu pour ses positions parmi les plus alarmistes du secteur, a lui aussi apporté son soutien officiel. L'institut y voit le premier texte législatif qui ait une chance réelle de répondre à la menace, tout en le jugeant perfectible, et salue surtout sa dimension internationale, puisqu'une interdiction limitée au territoire américain n'aurait selon lui aucun effet. L'idée d'un bannissement ne sort pas de nulle part : en octobre 2025, plus de 850 personnalités, dont Steve Wozniak et Richard Branson, avaient déjà signé un appel à l'interdiction de la superintelligence.

Le même jour, les patrons de laboratoires à l'ONU

Quelques heures après le dépôt du texte, les dirigeants de deux des principaux laboratoires d'IA au monde se sont exprimés devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Leur message : ils se disent prêts à ralentir et demandent aux gouvernements de s'entendre sur des règles de sécurité communes. La veille, au même endroit, le président américain avait écarté toute forme de régulation internationale.

La scène a de quoi surprendre, avec une industrie qui réclame des freins à des États qui refusent de les installer. Elle appelle aussi une lecture prudente. Se déclarer prêt à ralentir n'engage à rien tant que personne n'y oblige. Et des règles mondiales négociées aujourd'hui figeraient un paysage où ces mêmes entreprises occupent la tête de la course. Les deux lectures ne s'excluent pas.

Interdire une technologie qui n'existe pas encore

Les chances d'adoption sont minces. Le Congrès est à majorité républicaine et le président a fait de l'absence de contrainte sa doctrine. Le sujet commence pourtant à brouiller les lignes partisanes : Steve Bannon, figure du mouvement MAGA, a lui-même appelé à dépasser les clivages sur la question de l'IA, qu'il décrit comme un tournant historique.

Reste la difficulté de fond, qui est juridique. Comment un régulateur mesure-t-il le moment où une machine « dépasse l'intelligence humaine » ? Aucun test ne fait consensus, et les benchmarks actuels vieillissent en quelques mois. Le second critère, la capacité à contourner un ordre d'arrêt, est plus concret : les laboratoires l'évaluent déjà dans leurs protocoles de sécurité, et certains modèles ont montré en conditions de test des comportements de résistance à l'extinction. C'est sans doute la partie la plus solide du texte. Pour le reste, la définition des « systèmes les plus avancés » soumis à la pause est renvoyée au futur ministère. Autrement dit, la question la plus difficile est déléguée à une administration qui n'existe pas encore.

Et en Europe ?

Le règlement européen sur l'IA encadre les usages selon leur niveau de risque et impose des obligations renforcées aux modèles d'usage général présentant un risque systémique. Il interdit certaines pratiques, comme la notation sociale ou la manipulation comportementale, mais il ne dit rien d'un niveau de capacité à ne pas franchir. La superintelligence, en tant qu'objet à bannir, reste absente du débat bruxellois.

À court terme, le texte de Sanders et Casar a peu de chances de devenir loi. Il a au moins un mérite : il oblige chacun, à Washington comme ailleurs, à dire de quoi il parle quand il prononce le mot. Les prochaines semaines diront s'il trouve des cosignataires au-delà de la gauche démocrate, ce qui sera le premier indicateur sérieux de sa portée.

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Un projet indépendant associé à ia-info.fr, édité par un journaliste spécialisé en intelligence artificielle.

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